Notre-Dame de Paris est un roman de Victor Hugo.
Synopsis :
Sous la silhouette noire et colossale de la cathédrale fourmille le Paris en haillons des truands de la Cour des Miracles. Image de grâce et de pureté surgie de ce cauchemar, la bohémienne Esméralda danse pour le capitaine Phoebus et ensorcelle le tendre et difforme Quasimodo, sonneur de cloches de son état. Pour elle, consumé d’amour, l’archidiacre magicien Claude Frollo court à la damnation.

Avis :
Hé bé bordel…
J’ai écouté l’audiobook. Je crois que je vais jamais m’en remettre.
Déjà, un petit point. Notre-Dame de Paris, ça fait partie de ces œuvres que tout le monde connaît (mais que finalement peu de gens lisent — si, si je vous jure). Bien sûr, avant mon écoute, j’avais une vague idée de ce à quoi j’allais avoir à faire. J’avais vu pas mal d’adaptations (dont une avec Salma Hayek en Esmeralda — gardez ça en tête — et Richard Harris en vieux Frollo bien flippant — et on s’étonne que Dumbeldore soit glauque… bref…), je connais la comédie musicale par cœur (Coucou Ty si tu passes par là) et j’ai évidemment grandi avec le dessin animé de Disney Le Bossu de Notre-Dame. Bon, une adaptation, ça prend toujours des libertés, sur ça, y a pas à dire, je savais que le DA de Disney avait été étrillé sur ça à sa sortie donc je l’ai toujours un peu comme une œuvre à part. Mais après, pour les adaptations adultes, je m’étais fait une vision à moi, à mi-chemin entre ce que j’avais vu et ce que j’avais pu lire ici et là sur les différences entre cesdites adaptations et le roman. Je pensais vaguement savoir de quoi il retournait.
Mais je n’avais jamais lu le roman.
Techniquement, je l’ai pas vraiment lu puisque c’était un audiobook, mais passons.
MAIS MON DIEU…
Alors, il y aurait plein de choses à dire sur le livre en lui-même, mais en écoutant, ma réflexion n’a jamais été : ah oui, mais en fait je connais rien à l’histoire en fait… Ça a été : mais putain bordel il ne faut plus laisser des hommes faire des adaptations de ce roman !
Parce que clairement, toutes les adaptations nous donnent une vision biaisée de l’œuvre (c’est pas forcément une surprise dans le sens où Notre-Dame de Paris n’est le première ni le dernier, roman à vivre ça), et une vision épouvantable : celle de la culture du viol (qui est surpris, levez la main).
Esmeralda… Mais putain Esmeralda… Au secours… On a tous vu ses adaptations (Salma Hayek, rappelez-vous…) où Esmeralda est une jeune femme (Hugo parle déjà de jeune fille donc ça sent déjà la merde) gitane, danseuse sexy, qui joue de ses charmes pour gagner quelques sous et que cela provoque les désirs de trois hommes : Quasimodo, Frollo et Phébus. Mais en fait, c’est pas du tout ça, loin de là ! Hugo ne cesse de rappeler que c’est une gamine, une pauvre gamine, une malheureuse enfant de 16 ans. Certes, elle danse, mais elle ne cherche nullement à jouer de ses charmes, la gosse a même pas consciente d’être belle ou quoi que ce soit. Elle danse. Et vraiment, elle est plus proche de la gamine de la DDASS, complètement perdue et dépressive, que celle d’une aguicheuse. C’est terrible ! Et là, on se rend compte à quel point les hommes qui se sont emparés du roman ont projeté leurs regards dégueulasses sur cette pauvre petite.
D’autant plus qu’Esmeralda est plus proche de l’enfant naïve qui vit ses premiers émois sentimentaux face à bel homme (Phébus — qui est bien un gros connard hein) et qui s’imagine encore que l’amour c’est beau et doux…
J’étais pas prête… Ah mon dieu !
Toujours dans le registre des images fausses que les adaptations nous montrent, c’est Frollo. Genre le vieux prêtre dégueulasse qui après une vie de religion se voit mettre en émoi par une gitane aguicheuse (bon, déjà, j’ai dit que Esmeralda, c’est pas ça). Alors, dégueulasse, on peut garder, pas de soucis. Mais vieux… VIEUX ? Sérieux ? Le mec a 36 ans ! Le mec, il est plus jeune que moi au moment où j’écris ces lignes…(ok, je suis peut-être vieille…).
Clairement, pour moi, ça change beaucoup de choses sur la manière d’appréhender le personnage. Parce que finalement, quand c’est un vieux, on se pose de suite en position de compassion pour Esmeralda. Mais si c’est un homme d’un âge « normal » (je ne sais pas trop comment dire les choses), qui pourrait être le lecteur masculin standard, c’est pas pareil…
Pour rester sur ces messiers, parlons-en un peu de Phébus. Le beau capitaine des archers du roi. Parce que lui aussi niveau connard, il en tient aussi une sacrée couche. Les adaptations aiment à le montrer beau (forcement) et parfois aux prises entre ses sentiments entre Esmeralda et Fleur-de-Lys (quand elle est là… dans la version abrégée lu durant mon adolescence, elle était évacuée). Alors que en fait… Non. Y a rien qui va. Fleur-de-Lys, au début, il en a rien carrer, mais alors rien du tout ! Il a bien saisi qu’on voudrait lui faire épouser cette gamine (parce que oui, c’est aussi une gosse), mais bon… pfff… cela ne l’intéresse pas. Cela change après le coup de couteau de cette nuit fatidique…
Et concernant Esmeralda, c’est pas du tout le coup de foudre, l’amour de sa vie ou que sais-je encore. Il veut juste se la taper ! C’est un coup d’un soir ! Je ne vais pas dire un trophée, mais quand même pas loin. Et c’est même presque pire que ça.
Il faut qu’on parle un peu de cette « nuit où Esmeralda et Phébus » se retrouvent soi-disant pour une nuit d’amour. Là aussi, il y a rien qui va.
Déjà, sachez que là, Phébus, il ne va pas tout seul à ce rendez-vous. Non, non. Il y a va accompagner d’un homme (je vous passe les détails). Alors, Phébus, lui ne le sait pas, mais non lecteurices, on sache (oui j’ai écrit sache parce que je suis en PLS). C’est Frollo ! Et je vous abrège les choses de manière pas subtile, Phébus l’emmène avec lui et est deux doigts de lui dire « viens nous mater » ! Phébus, il indique à Frollo où se planquer pour voir tout ce qui va se passer ! Au secours !
Et s’il n’y avait que ça.
Esmeralda, d’une naïveté confondante, quand elle retrouve Phébus (elle ignore qu’on les mate) demande à ce qu’il se marie pour qu’elle devienne sa femme. J’aurai presque envie de dire : normal. Elle est jeune, amoureuse, crédule, elle s’imagine que l’amour qu’elle croit réciproque de Phébus doit se matérialiser par le mariage. Et elle n’est pas avare d’une belle déclaration d’amour passionnée pour le beau capitaine. L-O-L. Vous vous imaginez bien qu’en face, Phébus, il voit pas les choses de la même manière. Il va pas lui dire « ok je vais t’épouser, mais let’s go s’envoyer en l’air maintenant, car de toute façon on ne pourra pas chopper de prête à cette heure ». Non, le mec pour qu’elle lui cède (parce qu’Esméralda à un peu de sens moral qui fait qu’elle sait que ce genre de galipette, c’est pas forcément bien, il lui fait du chantage effectif : « ah mais en fait tu ne m’aimes pas tant que ça ; tes sentiments sont faux »… Mais mon dieu ! Oui, Phébus veut juste se la taper et il est prêt à tout pour ça. Il va même à la contraindre physiquement en lui arrachant une partie de sa chemise… Voilà…
Et je vous parle de Pierre Gringoire, qui pour moi, a clairement des vues sur Djali, la chèvre. Oui, vous avez bien lu…
Bon, après au-delà de ça, je sais pas si je peux dire que j’ai passé un bon moment de lecture… enfin d’écoute. Déjà parce que je trouve que j’ai trouvé que le roman mettait des plombes à démarrer…, puis parce que les longues descriptions…
Sur ce point, je n’oublie pas qu’au moment de la sortie du roman, nous ne sommes pas encore dans la société de l’image comme maintenant où tout le monde voit à quoi ressemble Notre-Dame. Donc bon… J’en tiens pas rigueur à l’œuvre sur ce point. D’autant plus qu’on va pas se mentir, niveau langue et qualité d’écriture, rien à redire…
Et le dernier point relou, ce chapitre sur Louis XI qui ne sert à rien… hormis peut-être à lui tailler joyeusement un short… Ça n’apporte rien à l’histoire selon moi, mais bon…
À noter que j’y jetterais aussi peut-être un jour un œil en papier, parce que ce n’est pas toujours les mêmes expériences.
En parlant d’expérience, on peut dire que s’en fut une belle. Enfin, façon de parler, parce que j’ai l’impression d’en sortir plus trauma qu’autres choses.
Je savais que les adaptations offraient un prisme déformé de leurs œuvres originales (ce n’est pas une découverte avec toutes les œuvres de cape et d’épée que je peux lire et voir). Mais j’avoue que le gouffre qu’il y a encore le roman — et ses messages — et ce que ses adaptations nous offrent est abyssal. Et plus que cela, la vision que ces adaptations nous donnent à l’œuvre littéraire de base est plus que faussée ! Même moi — qui savait bien qu’il y aurait une marge entre ce que je crois savoir de l’œuvre et l’œuvre —, je me suis retrouvée sur le cul.
Et clairement, il ne faut plus laisser les hommes s’emparer des œuvres qui parlent de sexe, de désir, d’amour, de possessions du corps féminin, parce que bordel… Mais sérieux, en lisant (écoutant) le roman, je me suis dit : mais bordel, Hugo sortirait ça maintenant, il passerait pour un gros woke…
Bref…
Je ne comprenais pas trop pourquoi il fallait relire les classiques…
Maintenant je comprends un poil mieux…
C’est pas juste pour se la jouer « ouai, mais j’ai lu les auteurs classiques, je sache la vraie littérature » ou juste pour se faire de la culture G, mais pour se rendre compte comment des catégories de la population (à tout hasard, des hommes hétéo-cis) se sont approprié une œuvre pour nous en imposer leur vision en laissant croire qu’on connaîtra l’œuvre en regardant leur adaptation.