Les auteurs de SFFFH francophones ont du talent

Le projet « l’invasion des grenouilles » lance un événement entre le 1er novembre et le 1er décembre : que les auteur.e.s de SFFFH francophones proposes des extraits de leurs œuvres.

 

Dans ce cadre, je vous propose des extraits de mes trois textes publiés (ou à venir)

 

La comptine :

Pilleur de cimetières est un bien vilain métier, mais qui rapporte beaucoup. Le désespoir peut parfois pousser certaines personnes à faire des choses qu’ils n’auraient jamais faites dans des circonstances plus favorables.

Avec d’autres camarades d’infortunes, Gaspard allait encore commettre un acte qui lui vaudrait une excommunication si les curaillons apprenaient ce qu’il s’apprêtait à faire. Il comprenait que violer des sépultures était un manque de respect envers ses semblables et envers Dieu. Mais les temps étaient durs. Sans travail depuis des mois, il lui fallait nourrir ses six mômes et sa femme qu’il avait encore engrossée. Sans oublier sa mère. Trop vieille pour travailler ou pour vivre seule, elle habitait avec le reste de la famille. De plus, le prix du pain avait considérablement augmenté depuis que la peste ravageait le sud du royaume et ses principaux ports de commerce ; les guerres du Roi embrasaient le nord ; les paysans étaient massacrés par les barbares et les moissons ne se faisaient plus ; les récoltes avaient été déplorables depuis deux ans sur le reste du territoire royal. Impossible de grappiller ne serait-ce qu’un vieux quignon de pain rassit chez le boulanger. Ce dernier refusait tout geste de charité de peur d’être ensuite envahi par les indigents. Les prêtres, de toutes les communautés possibles et imaginables, avaient beau répéter d’être patient, de prier et d’espérer, beaucoup ne pouvaient plus se limiter à ces activités. L’espérance et les prières ne remplissent pas les estomacs des enfants affamés.

 

 

Chimères:

Par ici.

 

Et en exclu, les premières lignes de La dame aux hiboux :

Paris, sous le Second Empire…

 

Marie afficha un large sourire satisfait. Quel bon repas ! Après presque une semaine de jeûne forcé, il était temps !

Elle profita ensuite de la baignoire en laiton mis à sa disposition près de la cheminée. Elle n’avait pas pu se laver depuis son arrestation. Elle puait. La vaste cuve lui permit de prendre ses aises. Cela ne serait pas un luxe pour le lendemain, samedi. Ce bain détendit ses membres engourdis après plusieurs jours difficiles. Elle n’y resta pas plus de dix minutes : l’eau devint vite trouble de crasse. La demoiselle prit soin de bien sécher ses cheveux noirs pour éviter qu’ils ne gouttent. Elle revêtit un somptueux costume masculin, taillé pour coller à son anatomie, le tout avec une pointe d’élégance féminine, conçue dans des étoffes précieuses. Cet ensemble trois-pièces augmentait son port altier et la grandissait. Comme la plupart des femmes de son temps, Marie ne dépassait pas le mètre soixante. Baronne à nouveau, elle devait tenir sa place. Son prévoyant employeur semblait bien la connaître. Il savait comment flatter ses origines nobles. Il n’avait pas douté une seule seconde qu’elle accepterait son offre.

 

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